Dans le cadre du Mois de la Fierté, Curling Québec souhaite faire rayonner les initiatives, les parcours et les expériences qui contribuent à faire de notre sport un milieu accueillant, inclusif et enrichissant. Au cours des dernières semaines, nous avons raconté la naissance de la première ligue LGBTQ+ de curling au Québec et suivi des curleurs québécois au Championnat canadien de curling de la Fierté. Ces deux histoires menaient naturellement à une même question : pourquoi, plus de vingt ans après leur création, des ligues comme les Fous du Roi et les Phénix occupent-elles toujours une place aussi importante au sein de la communauté? Pour y répondre, nous avons rencontré Patrick Corbière, président actuel des Fous du Roi, ainsi que Denis Roy et Claude Robitaille, deux anciens présidents impliqués depuis les tout débuts de la ligue.
Lorsque nos interviewés réfléchissent aux besoins auxquels répondait la création de la ligue, Denis Roy se souvient : « L’hiver est long. Il y avait un besoin de connexion sociale. Le curling était le sport parfait pour ça. » Cette volonté de créer des liens a toujours été au cœur des activités des ligues LGBTQ+ de Montréal. Au fil des ans, ce sont avant tout des histoires de rencontres, d’amitiés et de sentiment d’appartenance qui se sont construites sur la glace.
Pour Patrick Corbière, originaire de Lacolle, le curling a aussi été un moyen de trouver sa place au sein de la communauté LGBTQ+. Arrivé à Montréal au début des années 2000, il constate rapidement qu’il n’est pas toujours facile de rencontrer d’autres personnes partageant à la fois sa passion pour le curling et son identité. Déjà bon joueur, il rencontre finalement quelqu’un lui a dit un jour : « J’ai un cousin qui joue au curling et qui est gay aussi », comme ça que qu’il a commencé à bâtir un réseau.
Originaire de l’Abitibi, Claude Robitaille raconte que son arrivée à Montréal a marqué le début de son aventure avec les Fous du Roi. « Je n’étais pas un joueur de curling du tout, mais je venais d’arriver à Montréal et je cherchais une activité de groupe dans la communauté. Je me suis dit : pourquoi pas? ». Pour lui, les Fous du Roi ont surtout représenté une porte d’entrée vers la communauté LGBTQ+. « Ça a été une porte d’entrée pour être en lien avec des membres de la communauté. J’arrivais de l’Abitibi et je ne suis pas quelqu’un qui va dans les bars ou les clubs. Ce n’est tout simplement pas dans nos habitudes, à mon conjoint et moi ». Au fil des saisons, les équipes changent, mais les liens demeurent. « On a créé une belle gang. Même l’été, quand la saison est terminée, on continue de se voir, on organise des soupers et des activités. ». Au fil des saisons, les équipes changent, mais les liens demeurent.


Au fil de la discussion, un constat revient constamment : le curling est important, mais ce sont surtout les relations humaines qui expliquent la longévité des Fous du Roi. C’est d’ailleurs ce qui pousse tant de personnes à revenir année après année. « Il y a des gens qui ne viennent pas seulement pour le sport, mais parce qu’ils ont besoin de communauté », explique Denis Roy. Cette dimension sociale est essentielle. Patrick Corbière se rappelle notamment un nouveau membre qui, après une rencontre, s’était étonné de voir les joueurs quitter aussi rapidement. « Il demandait : « Vous partez déjà? Vous ne prenez pas une autre bière? » Pour lui, c’était comme une nouvelle famille qu’il venait de rencontrer à Saint-Lambert ».
Aujourd’hui, une trentaine de membres se retrouvent chaque dimanche pendant une saison de 19 semaines au Club de curling Saint-Lambert. Selon Patrick Corbière, ce déménagement a aussi permis d’élargir la portée de la ligue, « le fait d’être sur la Rive-Sud permet de couvrir un plus grand territoire ». La recherche de glace demeure toutefois un défi pour les ligues de curling sur l’île de Montréal. Comme le souligne Denis Roy, la fermeture du club de Longue-Pointe a réduit les possibilités de location, alors que les clubs existants disposent déjà de leurs propres ligues et de peu de disponibilités supplémentaires. Pour l’instant très bien installée à St-Lambert, la ligue ne pourrait cependant pas doubler de volume par manque de place.
Les organisateurs encouragent également la participation à des tournois à l’extérieur, convaincus qu’il est important de faire partie d’une communauté plus vaste. Au-delà de la compétition, ces événements permettent aux membres de découvrir d’autres réalités, de créer de nouvelles amitiés et de renforcer un réseau qui dépasse largement les frontières du Québec. Ces tournois représentent aussi une occasion de faire découvrir l’expérience à de nouveaux joueurs. Denis Roy explique qu’il se réserve chaque année une ou deux fins de semaine pour participer à des compétitions à l’extérieur, souvent avec des membres qui n’ont jamais vécu ce type d’événement auparavant. Au-delà des résultats sur la glace, ces voyages permettent aux participants de découvrir d’autres communautés de curling LGBTQ+, de créer de nouvelles amitiés et de partager ensemble le plaisir de représenter leur ligue ailleurs au pays.
Cette ouverture vers d’autres communautés marque également Tony, rencontré dans notre précédent article consacré au Championnat canadien de curling de la Fierté. « C’est une bonne façon de s’ouvrir aux autres. J’ai rencontré plusieurs amis qui sont devenus des amis pour la vie grâce à ces ligues. Un ami de Toronto me disait que ces ligues peuvent vraiment changer une vie, si on choisit de s’y investir. Et je le crois aussi. »
Le Mois de la Fierté offre une visibilité importante à la communauté LGBTQ+, mais ce sont les organismes, les ligues et les bénévoles qui permettent à cette communauté de se retrouver tout au long de l’année. Les Fous du Roi célèbrent ainsi la Fierté bien au-delà du mois de juin. Dimanche après dimanche, saison après saison, la ligue crée un environnement où les membres peuvent développer un sentiment d’appartenance et bâtir des relations durables.
Comme les Phénix, les Fous du Roi sont ouverts à accueillir de nouveaux membres chaque saison grâce, ils se réjouissent d’initier de nouvelles personnes au sport lors de portes ouvertes et de les intégrer dans la ligue. Les personnes intéressées peuvent retrouver les liens ci-dessous.
En terminant cette série du Mois de la Fierté, une idée s’impose : les histoires que nous avons racontées n’existent pas par hasard. Elles sont rendues possibles grâce à des bénévoles, des organisateurs et des membres qui, depuis plus de vingt ans, choisissent de créer des occasions de se rencontrer, de tisser des liens et de faire du curling un milieu où chacun peut trouver sa place.
Chez Curling Québec, nous croyons que ces initiatives contribuent à rendre notre sport plus accueillant, plus inclusif et plus fort. Elles nous rappellent que chacun et chacune a un rôle à jouer pour faire du curling un milieu où toutes les personnes se sentent les bienvenues.
Parce qu’au curling, peu importe qui tu es, tu fais partie de l’équipe.






