Dans le cadre du Mois de la Fierté, Curling Québec souhaite faire rayonner les initiatives, les parcours et les expériences qui contribuent à faire de notre sport un milieu accueillant, inclusif et enrichissant. Pour ce deuxième article de notre série, nous revenons sur les origines de la première ligue LGBTQ+ de curling au Québec. Nous avons rencontré Louis Ricard et Joël Dubé, les deux fondateurs, qui nous ont raconté fièrement comment un groupe d’amis issus de la communauté de la balle molle a découvert le curling et fondé une ligue qui existe encore aujourd’hui.
En 2002, Louis Ricard et Joël Dubé étaient déjà bien connus dans la communauté sportive LGBTQ+ montréalaise. Les deux amis participaient à différentes ligues, notamment de balle molle, ainsi qu’à diverses activités sociales de la communauté. Le curling, en revanche, ne faisait pas partie de leurs plans.
« On jouait à des jeux de société pendant les Jeux olympiques de Salt Lake City et il y avait du curling à la télévision. On s’est demandé : On n’a jamais essayé ça. Est-ce qu’on aimerait ça ? », raconte Louis Ricard.
Il réserve alors une glace au club de curling de Longue-Pointe, dans l’Est-de-l’Île (club fermé aujourd’hui), pour une initiation de deux heures. Huit personnes répondent à l’invitation. « Après notre première partie, on est allés prendre une bière et on a décidé de fonder une ligue », ajoute-t-il en souriant.
Avec cette idée en tête, Louis Ricard et Joël Dubé cherchent un club facilement accessible pour accueillir leur projet. Leur choix se porte sur le club de curling Royal Montreal, situé au centre-ville de Montréal, où ils décident alors de louer les glaces une fois par semaine pour leurs activités.
Dès la première saison, douze équipes s’inscrivent. Mais comment passer de huit curieux à douze équipes lors de la première saison ? « On avait déjà une communauté », explique Joël Dubé. À l’époque, la ligue de balle molle LGBTQ+ de Montréal regroupait près de 250 joueurs et joueuses. « Trouver une cinquantaine de personnes intéressées au curling, ce n’était pas si difficile. Comme plusieurs n’avaient pas de sport d’hiver, le curling était tout indiqué pour rester actifs·ves », précise-t-il. Le duo publie également des annonces dans le Magazine Fugues, un média québécois LGBTQ+ de société et de culture, ce qui a également contribué à attirer des membres. Une fois les préparatifs terminés, c’est donc au club de curling Royal Montréal que naît officiellement, en 2002, la première ligue LGBTQ+ de curling au Québec.
La ligue, baptisée Les Fous du Roi, prend rapidement de l’ampleur. Quelques années plus tard, l’augmentation du nombre de membres, des contraintes logistiques et des attentes différentes mènent à des discussions pour trouver des solutions. En 2009, la ligue se divise en deux : les Fous du Roi, davantage compétitifs, et une seconde ligue plus récréative, les Phénix. Aujourd’hui, les deux ligues existent toujours et, malgré cette distinction initiale, le niveau de jeu est devenu très similaire entre les deux groupes, plusieurs membres évoluant d’ailleurs dans les deux ligues.

Louis Ricard à gauche et Joël Dubé à droite, en 2002, au club de curling Royal Montréal

On retrouve aujourd’hui les deux cofondateurs au club de curling de Ville Mont-Royal, dans la ligue des Phénix. Disputée le mercredi soir et rassemblant jusqu’à 16 équipes, cette ligue est d’ailleurs devenue une des plus populaires du club. Sa croissance repose surtout sur le bouche-à-oreille : « Environ 80 % des gens viennent du bouche-à-oreille : ami·e·s, famille, collègues », explique Louis Ricard. Les autres joueur·euses sont souvent d’ancien·nes joueurs et joueuses venus d’autres villes ou de nouveaux arrivant·es à Montréal souhaitant poursuivre leur pratique.
La ligue se distingue aussi par sa diversité, avec une présence d’allié·es. « Je dirais environ 80 % LGBTQ+ et 20 % allié·es », estime Joël Dubé. Mais au-delà des chiffres, c’est surtout l’ambiance qui marque les participant·es. « Il y a des gens qui jouent avec nous parce qu’ils aiment l’atmosphère », ajoute Louis Ricard.
Au fil des années, la structure de la ligue a également évolué. Initialement organisée en mode location de glace, comme au Royal Montréal, la ligue ainsi que ses membres ont été officiellement intégrés au club de curling de Ville Mont-Royal il y a quelques années, ce qui a permis une meilleure inclusion dans la vie du club, sans changement majeur dans son fonctionnement.
Interrogés sur les conseils à donner à un groupe souhaitant créer une ligue LGBTQ+ ailleurs au Québec, les fondateurs insistent d’abord sur la simplicité et l’ouverture. « Le meilleur moyen, c’est de commencer récréatif, en acceptant qu’on peut faire des erreurs sans être jugé·e », explique Joël Dubé. « Et surtout, il faut créer des activités sociales à côté du sport » ajoute-t-il, car ces moments informels permettent de renforcer les liens et de faire découvrir la ligue aux personnes intéressées. Par exemple, la ligue organise un barbecue annuel, des soirées de jeux de société et aux rencontres informelles.
Ils soulignent aussi l’importance de ne pas fonctionner en vase clos. « Il faut encourager les membres à participer à des tournois partout, pas seulement dans leur ligue », ajoute Louis Ricard. « Le réseau de curling est beaucoup plus grand que chaque club individuellement ». Enfin, ils rappellent que l’ouverture aux allié·es est essentielle. « Ce n’est pas une ligue fermée. Il n’y a pas de discrimination, les allié·es sont toujours les bienvenu·es », précise Joël Dubé. « C’est comme ça que se créent les amitiés. »
Les fondateurs rappellent également qu’ils souhaitent continuer à accueillir de nouvelles personnes, notamment des femmes, encore sous-représentées dans la ligue, et reviennent à plusieurs reprises sur cet enjeu : « On aimerait avoir plus de femmes dans nos équipes ».
Ils invitent donc les personnes intéressées à venir essayer le curling lors des portes ouvertes ou des activités d’initiation au début ou pendant la saison. « Même dans notre ligue, il y a de la place pour tout le monde », ajoute Louis Ricard, « peu importe ton niveau, tu peux avoir du plaisir ».
En plus de son implication dans la ligue, Joël Dubé est aujourd’hui président du club de curling de Ville Mont-Royal — une suite logique pour celui qui, il y a plus de vingt ans, a fait ses premiers pas sur la glace sans imaginer que cela deviendrait une histoire importante pour la communauté LGBTQ+ du curling au Québec.






